À la fin de l’été, lorsque les feuilles sont encore gorgées de soleil et puissamment parfumées, Cécile cueille quelques branches de laurier-sauce et les assemble en couronne. Suspendue dans la cuisine, elle sèche lentement et accompagne ensuite les plats de toute la saison froide. Un geste simple, inspiré d’usages anciens, que Garrigue choisit de faire vivre à sa manière.
Une plante chargée d’histoire
Le laurier-sauce, Laurus nobilis, appartient depuis l’Antiquité à l’histoire et à l’imaginaire méditerranéens. Dans la mythologie grecque, il est lié à Apollon : poursuivie par le dieu, la nymphe Daphné est transformée en laurier et l’arbre devient dès lors l’un de ses attributs. On représente ainsi souvent Apollon, dieu des arts, de la musique et de la poésie, portant une couronne de laurier.
Dans les mondes grec et romain, ses rameaux ont peu à peu symbolisé la victoire, l’honneur et l’excellence. Ils couronnaient les vainqueurs, les poètes et les figures illustres. Notre mot « lauréat » conserve d’ailleurs la trace de cette histoire ancienne.
Mais derrière ce symbole prestigieux se trouve aussi un arbre familier, persistant et généreux, profondément lié aux paysages du Sud. Dans les jardins, près des maisons ou au bord des chemins, son feuillage sombre reste vert toute l’année. Il suffit de froisser une feuille entre les doigts pour que se libère immédiatement son parfum chaud, frais et légèrement camphré.
Le parfum discret de la cuisine provençale
En Provence, le laurier-sauce fait partie de ces plantes que l’on utilise sans toujours mesurer la place qu’elles occupent dans notre mémoire culinaire. Avec le thym, il entre dans la composition du bouquet garni et parfume lentement les plats mijotés : daubes, sauces, soupes, court-bouillons, légumes secs ou préparations à base de tomates.
La feuille ne cherche pas à dominer. Elle infuse. Fraîche ou séchée, elle apporte une profondeur aromatique que l’on remarque parfois davantage lorsqu’elle manque. C’est une cuisine de patience et d’imprégnation : une ou deux feuilles déposées dans la marmite, puis retirées au moment de servir.
Autrefois, conserver les plantes utiles faisait naturellement partie du rythme domestique. On cueillait à la bonne saison, on formait des bouquets, puis on les suspendait à l’abri de l’humidité pour les retrouver durant l’hiver. Ces gestes modestes reliaient directement la maison au jardin et les repas au cycle des saisons.

Du laurier à la couleur
Chez Garrigue, le laurier-sauce ne rejoint pas seulement la cuisine. Cécile l’utilise également dans son travail de teinture végétale, au même titre que d’autres plantes et essences du territoire.
La couleur obtenue n’est jamais tout à fait prévisible ni parfaitement reproductible. Elle dépend du moment de la récolte, de la concentration du bain, du tissu et de nombreux équilibres propres au vivant. Selon les périodes de l’année et la manière dont la plante est travaillée, le laurier peut révéler des nuances très différentes : des beiges doux et naturels, mais aussi de délicates tonalités rosées, parfois étonnamment lumineuses.
C’est précisément cette variation qui intéresse Cécile. La plante n’est pas envisagée comme une simple matière colorante, mais comme l’expression d’un lieu et d’un instant. Chaque bain conserve quelque chose de la saison durant laquelle les feuilles ont été cueillies.

Une tradition Garrigue de fin d’été
La couronne de laurier-sauce que Cécile réalise à la fin de l’été ne prétend pas reproduire à l’identique une coutume provençale précisément répertoriée. Elle s’inscrit plutôt dans la continuité de gestes anciens parfois oubliés : récolter les plantes lorsqu’elles sont belles et odorantes, les faire sécher dans la maison et les conserver pour les mois à venir.
Garrigue aime reprendre ces usages simples, puis leur donner une forme personnelle et contemporaine. Ici, les branches ne sont pas seulement réunies en bouquet : elles sont courbées et liées pour former une couronne irrégulière, vivante, appelée à évoluer en séchant.
À la fin de l’été, nous choisissons des rameaux sains et parfumés de véritable laurier-sauce. Ils sont assemblés encore souples, à la main, autour d’une base légère, puis attachés avec une ficelle naturelle. La couronne est ensuite suspendue dans la cuisine, dans un endroit sec et aéré, à l’écart de la vapeur et du soleil direct.
Au fil des jours, les feuilles se matifient, se recourbent légèrement et prennent une teinte plus profonde. La couronne devient à la fois une réserve aromatique et un objet discret de la maison. Tout l’automne et tout l’hiver, on vient y détacher une feuille pour un plat mijoté, une soupe ou un bouillon.
Peu à peu, elle se défait au rythme des repas. Sa beauté n’est pas celle d’un objet que l’on cherche à préserver intact, mais celle d’une chose utile, façonnée par les mains et transformée par le temps.
Cette couronne est notre première « tradition Garrigue » : un geste inspiré de la Provence, de ses plantes et de ses usages, que nous choisissons de transmettre en famille. Une manière toute simple de faire entrer la fin de l’été dans la maison — et d’en conserver le parfum jusqu’au retour des beaux jours.


